SHIROBAKO

Lettre d’amour à la Japanimation

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Titre original : Shirobako
Pays d’origine : Japon
Support original : Anime (création originale)
Format : Série TV
Saison de diffusion : Automne 2014 – Hiver 2015
Nombre d’épisodes : 24 (terminé)
Durée d’un épisode : ~24 minutes
Genres : Comédie, Drame, Tranche de vie
Studio d’animation : P.A. Works
Licence française : Anime Digital Network (simulcast / streaming)
Site officiel
Twitter officiel


 

 

 

 

 

 

SYNOPSIS

Vous rêvez de découvrir l’envers du décor, les coulisses de la production de dessins animés ? Suivez Aoi et ses amies qui font leurs premiers pas dans ce monde : chacune participe à l’adaptation d’un manga en animé. de la production, au dessins préparatoires en passant par le doublage, l’industrie de la japanim n’aura aucun secret pour vous !

Source : Anime Digital Network

 

Automne 2014. Alors qu’une fois de plus, une nouvelle saison débarque, une nouvelle série va faire son apparition et son petit bonhomme de chemin jusqu’à nous. Discrète et souvent peu évoquée, voici pourtant une œuvre qui ferait presque office de documentaire. Documentaire sur quoi, me direz-vous ? Mais avez-vous lu le synopsis ci-dessus ? Sur la japanimation pardi ! Eh oui, car au même titre que Bakuman avait pu le faire avant lui pour l’univers du manga, Shirobako est la série qui se place au cœur d’un studio d’animation et veut nous en montrer l’envers du décor. Embarquons ensemble dans une aventure réaliste fantastique…

 

Toutes pour une ! Beignets pour toutes !

COMME UN DOCUMENTAIRE

 

Le premier point qui vous sautera au visage, lorsque vous commencerez Shirobako, c’est son côté extrêmement documenté et documentaire. Bien plus qu’une simple histoire, et au même titre que son aîné en manga Bakuman, cette série nous entraîne dans les coulisses d’un studio d’animation. À la fois témoignage d’une époque, mais aussi respectueux d’un passé glorieux, Shirobako évoque avec délice toutes les techniques et étapes qui permettent la fabrication d’une série. L’occasion pour nous d’en apprendre plus, mais surtout de comprendre à quel point réaliser un épisode peut être à la fois coûteux, long et complexe.

On rentre assez vite dans le vif du sujet. Après une rapide introduction à nos 5 protagonistes au lycée, nous plongeons dans la réalité du monde du travail avec Aoi Miyamori, assistante de production au sein du studio Musashino Animation. Parmi nos 5 protagonistes originales, Aoi est clairement la plus mise en avant, et celle par qui est véhiculée l’histoire. On nous retransmet principalement sa vision des choses aux côtés de ses collègues. Ema Yasuhara est la 2e plus mise en avant, animatrice de son état, qui nous fera découvrir de nombreux enjeux autour du poste d’animateur / animatrice, et autres très proches. Les 3 restent plus en retrait durant la série. Mais hélas, il faut faire des choix, et on ne peut pas mettre en avant un casting de 5 personnages (surtout quand il n’y a pas toujours matière à raconter quelque chose) quand on souhaite être témoin des difficultés de production.

Réunion d’équipe avant la diffusion de l’épisode 1

Car vous vous en doutez, comme dans toute bonne histoire qui se respecte, la vie est loin d’être de tout repos chez Musashino Animation ! La route de notre chère Aoi Miyamori sera semée d’embûches, et c’est bien là qu’est tout le sel de cette histoire. Car après tout, à quoi bon raconter quelque chose où tout va dans le bon sens ? En vous épargnant les détails de l’histoire, on passe par toutes les émotions. Les problèmes de coordination et de communication, les problèmes de gestion d’équipe et des égos, la difficulté de se tenir aux plannings et temps de livraison très serrés… Sans oublier les contraintes extérieures !

À ce titre, Shirobako fait le choix très juste de traiter son intrigue en deux parties. Tout d’abord, une première partie se posera sur une création originale. Cela permettra ainsi plus facilement de présenter les postes, les différentes opérations, et tous les problèmes qui peuvent en découler. Fort de cette expérience, Musashino Animation en sortira grandi et s’attaquera à une adaptation d’un manga en cours de parution. Cela amènera à de nouvelles problématiques, liées évidemment à la difficulté d’adaptation. Comment adapter le scénario ? Comment adapter les personnages et leurs designs ? Tout un tas de questionnements auxquels la série apportera son lot de réponses.

L’importance de bien s’organiser : un planning chargé !

À FOND SUR LE FOND !

 

La force de Shirobako provient clairement de son fond, et de sa richesse à tous les niveaux. Si nous avons vu à quel point son témoignage à la limite du documentaire était un premier argument de fond fort intéressant, c’est loin d’être son seul atout. Car autour de la découverte de l’envers du décor d’un studio d’animation, il y a bien évidemment une histoire. Et au cœur de cette histoire gravitent de nombreux personnages riches en couleurs.

Aoi Miyamori en plein doute, avec ses poupées comme reflets de ses questionnements enfouis.

Nous en parlions tout à l’heure, Aoi Miyamori est le personnage qui se démarque le plus, et c’est par elle que passe l’essentiel de l’action. Sans pour autant survoler le très bon casting, elle arrive à se démarquer et est un personnage extrêmement riche et fort. Un fort travail sur sa psychologie est à noter, notamment par rapport à ses réflexions quant à son avenir. Via ces questionnements, elle amène de nombreuses séquences qui poussent à réfléchir sur l’envie de chacun de continuer dans cette voie, ce qui les intéresse dans l’animation et dans le fait de partager leur travail de cette façon. Les scènes de discussion avec ses poupées font d’ailleurs une grande partie de ce traitement psychologique, évoquant régulièrement ses tourments les plus profonds, via deux approches bien différentes.

Mais Aoi est loin d’être la seule à avoir des problèmes, et c’est bien souvent tout le studio qui est concerné ! Cela permet aussi de creuser de nombreux personnages secondaires, à la fois dans leurs personnalités et dans leur travail, faisant écho au travail « documentaire » de la série. Bien que les personnalités ne soient pas toujours très complexes, cela ajoute du fond et de la caractérisation au niveau du casting très riche. Et le traitement est très bien fait et en douceur, permettant une solide identification aux personnages et à leurs enjeux. D’autre part, d’entrée de jeu les personnages sont majoritairement des (jeunes) adultes, évoluant dans un monde du travail adulte. Tout autour d’eux est exigeant, mais la plupart des personnages savent réagir avec maturité, et cette ambiance adulte est aussi une force au milieu de nombreuses productions centrées principalement autour d’adolescents.

Une animatrice en plein doute, effrayée par les conséquences d’un rendu désastreux…

Le soin apporté au développement des personnages crée donc une belle dynamique d’identification aux personnages, mais aussi à l’équipe. Car c’est bien une équipe entière qui est mise en avant. Mais le ressenti est parfois si fort, qu’on ressent comme une ambiance familiale, malgré des périodes de tension et d’incertitudes. Une équipe familiale qui se dresse contre vents et marées, face à tous les obstacles qui se dressent devant elle. Et ce jusqu’à la dernière minute du dernier épisode (enfin pas tout à fait), ils ne seront jamais tranquilles ! Une histoire qui les poussera à ne jamais se relâcher jusqu’au bout et à toujours faire le maximum, atteignant des sommets aussi bien comiques que dramatiques. Pleine de rebondissements, elle saura captiver le spectateur par ses nombreux inattendus, comme il est courant d’en croiser dans le domaine audiovisuel.

Enfin, mentionnons la richesse et l’inventivité de Shirobako qui, comme son aîné Bakuman mentionné plus tôt, est capable d’aligner plusieurs créations originales diverses et variées. Au sein même de la série, cela crée une véritable mythologie, tant au niveau des œuvres, qu’elles soient réussies ou non, qu’au niveau des personnages emblématiques ayant travaillé dessus.

La perception d’Aoi à son époque inscrit ces personnages dans une mythologie propre à la série.

SANS POUR AUTANT NÉGLIGER LA FORME…

 

On parle volontiers du fond, très présent et réussi, mais la forme ne démérite pas non plus ! Si l’on pourra noter une réalisation somme toute assez classique, il y a de quoi rester assez admiratif du travail effectué sur les séries créées au sein même de l’univers de Shirobako. Le réalisateur du studio Musashino Animation a une patte et des envies, parfois très extravagantes, mais il ne veut pas se contenter d’un conformisme quelconque.

Scène emblématique d’Exodus, le premier animé réalisé par Musashino Animation dans Shirobako.

Au-delà de ça, on notera évidemment dans la forme le côté extrêmement référencé. Tant visuellement que textuellement, Shirobako aime d’où il vient, et en profite pour glisser des petites références à gauche à droite. À commencer par les noms de différents studios d’animation, comme Musashino Animation (qui pourrait être inspiré de Kyoto Animation (K-ON!, Sound! Euphonium, Miss Kobayashi’s Dragon Maid) entre autres) ou G.I. Staff (mélange entre les studios J.C. Staff (Bakuman, Food Wars) et Production I.G. (Kuroko’s Basket, Psycho-Pass)).

Pour les plus connaisseurs, on remarquera de nombreux personnages inspirés de personnalités de l’animation japonaise. Le président de Musashino Animation étant par exemple inspiré par l’excellent Masao Maruyama, co-fondateur du studio Madhouse (Card Captor Sakura, One Punch Man) et actuel fondateur et président du studio MAPPA (Days, Kids on the Slope, Space Dandy). Pour en savoir plus, je vous renvoie vers cet article en anglais, dont sont tirées les images ci-dessous. Mais aussi des références à des œuvres animés existantes, toujours en déformant leurs noms, comme Idepon, une référence à Space Runaway Ideon (Densetsu Kyojin Ideon, indisponible en France).

Masao Maruyama et son alter-ego dans Shirobako
Seiichi Kinoshita, avatar animé de Seiji Mizushima

 

 

 

 

 

Et du côté des références visuelles, on pourra notamment souligner le cultissime Initial D lors de séquences en voiture. Ou encore vers la fin, une référence plus générale au genre cinématographique du western spaghetti (Pour une poignée de dollars, Le Bon la Brute et le Truand), mais aussi aux shônens et leurs techniques parfois… extravagantes. Je vous laisse le plaisir de la découverte.

En grand fan d’Initial D que je suis, je ne pouvais passer à côté de cette référence.

CONCLUSION

Je crois que vous l’avez compris : j’aime Shirobako. Et plus j’en parle, plus j’y pense, plus je l’aime. C’est une œuvre riche et forte, avec des personnages extrêmement attachants qui évoluent au milieu d’une intrigue pleine de rebondissements et entraînante. Shirobako, ça fait rire, ça fait pleurer, ça émeut, et ça fait du bien.

Mais voilà, au milieu de titres phares comme Parasite, Fate/stay night: Unlimited Blade Works ou Shigatsu wa Kimi no Uso (Your Lie in April) ; la série a peiné à faire son chemin, et n’a d’abord eu le droit qu’à une maigre année de licence en France, relativement discrètement. Aujourd’hui, je souhaite donner plus de visibilité à cette œuvre extrêmement riche et intéressante. Je pense sincèrement qu’elle mérite le détour, quand bien même elle ne vous ferait pas autant d’effet qu’à moi.

Alors, au moins pour mieux comprendre le milieu de l’animation japonaise, ce milieu que vous adorez, comprendre les raisons qui peuvent amener à un retard (et encore, la série ne traite pas du sujet du simulcast), voyez Shirobako et donnez lui sa chance. Pendant animé de Bakuman (qui dispose déjà de 3 saisons animées, mais traite principalement de la création manga et non anime), cette série est un riche témoin de son temps, et je reste convaincu que le côté documentaire qui peut attiser votre curiosité saura petit à petit être soutenu par la force de l’histoire et des personnages.

Shirobako restera pour moi une œuvre très forte et riche en émotions, intéressante de bout en bout, et avec un vrai propos, que je vous conseille fortement. Quel que soit votre degré de lecture, je suis sûr que vous saurez apprécier de nombreuses qualités de l’œuvre, même sans forcément en avoir conscience.

Merci de m’avoir lu, et bon (re)visionnage !

Retrouvez Shirobako en exclusivité sur AnimeDigitalNetwork :
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