Review : A Silent Voice

A Silent Voice (Koe No Katachi) est un film d’animation japonaise sorti le 17 septembre 2016 au Japon, adapté du manga éponyme de Oima Yoshitoki par le studio Kyoto Animation. Il suit une thématique qui lui est propre, la rédemption du harceleur et la vie d’un harcelé pour son handicap (de surdité). Il fut un très gros succès en étant 2ème au Box Office nippon pendant près de 10 semaines d’affilé lors de sa sortie, avec Your name. (Kimi no na wa), sorti 3 semaines plus tôt à la première place.

En France il est licencié par Viz Média Europe, le manga est disponible aux éditions Ki-oon, tandis que la version DVD / Blu-ray devrait paraître début 2018.

Une diffusion en avant-première du film a eu lieu le dimanche 17 Décembre 2017, durant le Carrefour du Cinéma d’Animation, au Forum des Images à Paris, avant sa sortie en DVD / Blu-ray.

Synopsis :

Tout commence lorsque Shôko Nishimiya intègre en cours d’année la classe de primaire de Shôya Ishida. La jeune Shôko est sourde et Shôya est un jeune garçon turbulent qui n’en fait qu’à sa tête et qui ne cause que des problèmes. Ce sont deux personnes différentes et Shôya ne semble pas comprendre qui est réellement Shôko. De ce fait, il commencera à la brutaliser, ne sachant pas comment s’y prendre avec elle. La classe suivra le mouvement au fur et à mesure, mais plus discrètement, sans que leur professeur principal ne fasse d’efforts pour les rappeler à l’ordre.

Seulement un jour, le garçon dépasse les limites et le directeur demande à savoir qui a cassé les appareils auditifs de Shôko. C’est ainsi que Shôya réalisera qu’il se retrouve tout seul car tout le monde lui tourne le dos, feignant d’avoir été manipulés par ce dernier. Shôko est transférée dans une nouvelle école et Shôya se rend compte que chaque jour, malgré tout, elle souhaitait seulement être son amie.

Les années passent : Shôya est désormais un lycéen de dernière année. Rempli de remords, il ne peut penser à autre chose qu’à se repentir de ses actes envers Shôko. Il a même décidé d’apprendre la langue des signes pour qu’elle puisse comprendre ce qu’il a à lui dire. Avant de mettre fin à ses jours, il apprend où se trouve Shôko et décide de la rencontrer afin d’alléger son cœur mais il ne se doutait pas que ces retrouvailles allaient changer son destin.

 

Une vision particulière

Ce film de nature très profonde nous plonge dans la vie de ses deux personnages principaux : un jeune garçon turbulent du nom de Shôya Ishida qui, pendant la primaire, martyrisa une de ses camarades de classe pour son handicap, par incompréhension. Mais il est à présent rongé par les remords, au point de se renfermer totalement sur lui-même, dans un état d’esprit où il n’a plus le droit d’être heureux, tant qu’il n’aura pas réparé ses erreurs. On peut le ressentir dès les premières scènes, où il dort par terre, dans une chambre vide de meubles, à l’exception d’un petit bureau pour ses devoirs et d’un vieux calendrier déchiré jusqu’au jour de sa tentative de suicide. Il n’a pour seul bien que son propre vélo, auquel il n’accorde finalement pas une grande importance, et il estime ne pas être en droit de posséder quelque chose, il ne possède plus d’attache physique sur terre. Un harceleur harcelé, qui finit par subir ce qu’il a fait vivre à Shôko Nishimiya par ses propres amis.

« Je suis sourde. »

Le second personnage, Shôko Nishimiya, est une jeune fille toujours souriante, atteinte de surdité depuis sa naissance et qui, malgré ses efforts pour essayer de se faire accepter, se fait harceler par ses camarades lors de la primaire à cause de son handicap. Ces actions auront pour conséquence de pousser la jeune fille à se détester elle-même pour ce qu’elle est, amplifié suite aux actes et paroles de ses anciens persécuteurs, la poussant à se dire que le monde irait mieux si elle n’avait jamais existé.

Nous avons donc deux visions qui s’entremêlent sur le harcèlement et le poids des mots, des agissements sur autrui, pouvant grandement affecter ceux déjà blessés intérieurement et qui sont à la fois différentes et similaires.

Des points de vue variés

À côté de cela s’ajoutent plusieurs autres personnages, dont la plupart sont d’anciens camarades de classes de Shôya et Shôko de l’école élémentaire, ayant participé de près ou de loin au harcèlement et avec une approche différente : celle qui fuit, celle qui renie sa participation, rejetant la faute sur les autres, et celle qui a des rancunes, même 10 ans après, à cause des changements engendrés dans la vie de tout le monde, à savoir la perte des meilleurs amis de Shôya Ishida et son état d’esprit décadent.

D’autres personnages interviennent tels que la petite sœur et la mère de Shôko Nishimiya, et deux camarades de classes de Shôya Ishida. L’un va être un grand soutien moral, et l’autre un petit bourreau émotionnel, étant très hostiles face aux persécuteurs, ce que Shôya Ishida aura beaucoup de mal à lui avouer, amplifiant son sentiment de culpabilité. En l’espace de quelques mois, il se retrouve donc avec une groupe d’amis, après près de 5 ans de solitude et reclus. Peu à peu, il découvrira qu’il n’est pas tout seul et que, même s’il se juge comme n’ayant pas le droit d’être heureux et qu’il est une horrible personne, des personnes tiennent à lui, et en premier lieu sa propre famille.

Au fil du temps passé ensemble, Shôko Nishimiya commence à développer des sentiments amoureux pour Shôya Ishida. Cependant, pour lui, il n’est là que pour sa propre rédemption et pour corriger ses erreurs passées, et s’excuser sans laisser place à d’autres formes de sentiments, qu’il s’interdit formellement au fond de lui.

Une petite note de musique

La bande son signée Kensuke Ushio et un ending par l’artiste Aiko vont nous transporter tout au long du film. Très bien mesurée, elle sait se faire présente durant les moments forts et rester discrète quand il le faut. Elle reste de toute beauté et colle parfaitement à l’ambiance. L’ambiance sonore y est très forte, et ajoute toute sa saveur aux sentiments des personnages.

En conclusion

Un film très poignant sur les dégâts que peuvent causer le harcèlement scolaire, même si le film n’est qu’une dérision avec des personnes pas vraiment réalistes par rapport à la réalité, offre quand même une grande réflexion sur le sujet. L’entièreté de ce film d’animation est une ode vivante et pleine de couleurs et vraiment pure, jonglant entre la réalité et l’onirisme avec brio. Tout les personnages savent apporter quelque chose de concret à l’histoire tout au long de ces 2 heures, qui passeront pour la majorité très vite.

A Silent Voice permet un voyage sur beaucoup d’émotions humaines en guise de thème, telles que la rancune, la haine, les remords, la faiblesse, la jalousie, la lâcheté, le pardon, le regret, la peur, le bonheur, la joie, l’amour. Tant de sujets traités avec justesse et virtuose. L’intrigue y est richement fournie sans en faire trop, ni que ce soit mal traité.

Dans la globalité, il est une excellente adaptation du manga original, et saura aussi bien convaincre les fervents lecteurs (malgré le manque de plusieurs scènes clés du manga) et le grand public.

C’est avec ce genre de film d’animation que nous pouvons être fier d’être des passionnés d’animation japonaise et de nous pousser à partager notre passion aux autres. Ce petit bijou peut être considéré comme un chef d’œuvre.

Quelques liens utiles :

Kazé . AnimeNoSekai .

Amoureux d'animation japonaise, Game Designer et développeur web. Je travaille principalement sur l'actualité en japanimation et fais de la review, de temps en temps.