MARY ET LA FLEUR DE LA SORCIÈRE

 

INFORMATIONS

Titre original : Mary to Majô no Hana (メアリと魔女の花)
Pays d’origine : Japon
Support original : Roman
The Little Broomstick, de Mary Stewart
Format : Film
Durée du métrage : ~1 h 45
Genres : Aventure, Fantastique, Magie
Studio d’animation : Studio Ponoc
Licence française : Diaphana Distribution (Cinéma)
Buena Vista (DVD / BD, à confirmer ?)
Site Officiel
Twitter Studio Ponoc

Twitter du film

 

SYNOPSIS :

C’est l’été. Mary vient d’emménager chez sa grand-tante dans le village de Manoir Rouge. Dans la forêt voisine, elle découvre une fleur mystérieuse qui ne fleurit qu’une fois tous les 7 ans. On l’appelle la « fleur de la sorcière ». Pour une nuit seulement, grâce à la fleur, Mary possèdera des pouvoirs magiques et pourra entrer à Endor, l’école la plus renommée dans le monde de la magie, qui s’élève au-dessus du ciel, au-delà des nuages.
Le secret de la fleur de la sorcière se révèlera à elle petit à petit…

Source : Diaphana Distribution

 

Petite présentation

Avant de parler du film, parlons un peu du studio et de son réalisateur. Hiromasa Yonebayashi n’est pas un inconnu du public. Surtout si vous êtes fans des productions du Studio Ghibli. Aurais-je titillé votre intérêt ? Eh oui, ce n’est pas un hasard. L’homme a déjà œuvré au sein du mythique studio japonais, sur les longs métrages Arietty, le petit monde des chapardeurs (2010) et Souvenirs de Marnie (2014). Bien que plus discrètes que les œuvres du maître Hayao Miyazaki, ces deux films restent de très belles perles que je ne saurais que vous recommander chaudement.

Le logo du studio Ghibli, célèbre pour sa mascotte Totoro.

Venons-en au fait. À l’heure où la disparition (toute relative) du Studio Ghibli est déjà annoncée, un groupe d’irréductibles animateurs résiste encore et toujours à l’envahisseur et… je m’égare. Le fait est que le studio phare compte prendre le temps de changer sa façon de faire. Et cela passe par une pause, interprétée dans un premier temps (à tort) comme un arrêt pur et simple de ses productions. Dans ce contexte, Yoshiaki Nishimura décide, en 2015, de lancer un nouveau studio, le Studio Ponoc qui nous intéresse aujourd’hui, accompagné d’autres personnalités du Studio Ghibli, dont notre ami Hiromasa Yonebayashi.

Logo du studio Ponoc au début du film, imitant celui du studio Ghibli.

Ainsi, en 2017, le réalisateur lance son 3e long-métrage produit par le tout nouveau Studio Ponoc : Mary et la fleur de la sorcière. Diffusé dans les salles japonaise à l’été 2017, il aura fallu attendre 2018 pour que le film pointe le bout de son nez en occident. À ce titre, vous aurez tout le loisir de le découvrir en salles dès le 21 février prochain ! Mais pour l’heure, abordons une petite critique du film, que j’ai pu voir en avant-première à Paris, le tout sans spoil, pour vous donner l’envie (ou pas ?) d’y aller à votre tour.

 

Le film

Oui, je ne suis pas très inspiré pour titrer mes parties cette fois-ci, mais que voulez-vous. Il faut bien parler du morceau qui nous intéresse, à savoir le film. Je reviendrai sur quelques détails plus tard, mais j’aimerais commencer par évoquer le scénario, ou du moins, rapidement exposer la situation initiale, si vous me le permettez.

Le film s’ouvre sur une séquence d’action / course-poursuite endiablée. Dès le début, nous sommes mis sous tension, le rythme est soutenu, haletant. On ne sait pas qui est là, on ne sait pas ce qui se passe (pas trop, du moins, mais je ne vous en dis pas plus), mais on est happé par le rythme du film sur cette séquence d’ouverture, qui semble promettre bien des choses. Une excellente entrée matière qui, sur bien des plans, nous laisse une forte satisfaction.

Mary et le jardinier, une des scènes du quotidien présentant l’héroïne.

Une fois cette séquence terminée, nous voici introduits au personnage de Mary Smith, jeune fille aux cheveux roux et au caractère bien trempé. Il s’agit, bien évidemment, de l’héroïne du film présente sur les diverses affiches. On la découvre ainsi dans son quotidien, auprès de sa grand-tante, dans un paisible village de campagne à quelques jours de la rentrée scolaire. Pendant plusieurs minutes, nous sommes donc exposés à la bonne volonté et l’énergie de Mary. Mais l’on comprend rapidement que, malgré elle, sa maladresse prend vite le dessus sur ses bonnes intentions. En quelques minutes, il nous est donc possible de cerner notre personnage principal, et de deviner quelle pourra être son évolution. Au même titre que les précédents films d’Hiromasa Yonebayashi, la jeune héroïne devra faire face à ses défauts, et notamment son manque de confiance en elle, pour avancer dans la vie et grandir.

Peut-être pourrions-nous, à cette occasion, parler de défaut. Le film est finalement plutôt prévisible et ne surprend guère. Mais est-ce vraiment l’important ? Au même titre que les films du Studio Ghibli, dont les créateurs sont en grande partie imprégnés, car ils en sont d’anciens collaborateurs, Mary et la fleur de la sorcière cherche à atteindre petits et grands, et à ce que chacun passe un bon moment. Quoi de mieux, alors, qu’une apparente simplicité scénaristique qui, malgré tout, se révèle un peu plus complexe qu’on ne l’imagine ? Certes, les explications seront plus généreuses que dans un film uniquement destiné à un public adulte. Néanmoins, ce n’est pas très dérangeant, car ce que le film fait avec simplicité, il le fait bien. L’écriture est suffisamment soignée pour que chacun passe effectivement un bon moment.

Mary et la fleur de la sorcière.

 

Côté technique

Si le film atteint son objectif côté scénaristique, il est à noter que l’enrobage est tout aussi important dans cette immersion. Ce film baigne totalement dans la culture Ghibli. L’avantage de travailler avec d’anciens collaborateurs de ce studio emblématique est que cette patte unique va se retrouver à l’écran. Ainsi, divers décors et créatures évoqueront des lieux et des bêtes ou monstres déjà apparus dans des films précédents. De même, l’animation très soignée rappellera les plus belles heures du studio, et augmentera cette force évocatrice.

Si le film n’est pas estampillé Ghibli, il respire son animation et son imagerie par tous les pores. Et ce n’est pas un argument négligeable pour pousser les gens à aller voir ce film en salle. Les décors sont à la fois majestueux, enivrants, exotiques… Les personnages, également, feront écho à ces character-designs si particuliers, vus notamment dans les films de Miyazaki. Adeptes de l’animation en 2D, des éléments en 3D savent cependant très bien s’intégrer pour donner une saveur toute nouvelle à cette ambiance très Ghibli-enne.

Une apparition qui semble bien familière…

Pour ce qui est de l’ambiance sonore, nous sommes plongés dans le bain dès la séquence d’ouverture. Et si l’on se doit de constater que le talent de Joe Hisaishi n’est pas présent à l’écriture de la partition, il faut avouer que Takatsugu Muramatsu, qui officie à la baguette, s’en sort remarquablement bien. Le film dispose ainsi d’une très belle identité musicale, et des ambiances très agréables, qui savent se marier admirablement avec les scènes qu’elles soulignent. On pourra lui reprocher d’être parfois un peu trop discrète, mais dans l’ensemble, le travail est très bon, et contribue au charme et à l’ambiance générale très enchanteresse du long-métrage.

 

Mais alors, ce film, il est bien ou pas ?

Pour moi, c’est un grand oui. Si vous avez l’occasion d’aller le voir, ne le manquez pas. Certes, ce n’est pas le meilleur film de Hiromasa Yonebayashi (je lui préfère Souvenirs de Marnie). Mais compte tenu des difficultés que l’équipe a pu rencontrer en réalisant ce projet, avec un tout nouveau studio, en repartant de zéro, et avec un budget réduit, ce film s’en sort extrêmement bien.

Son scénario est simple, mais efficace, et la trame saura satisfaire petits et grands autour de divers éléments marquants. Car malgré les quelques points qui ont tendance à rebuter l’exigeant spectateur que je suis, je me suis laissé embarquer dans ce voyage, j’ai pu être surpris par quelques situations et retournements, et j’ai sincèrement apprécié ce que j’ai vu. L’ambiance et le ton général, faisant fortement écho à la culture du Studio Ghibli jouent certainement une part importante dans cette appréciation. Mais après tout, pourquoi renier un héritage qui fonctionne ?

Alors, oui, vous aussi, laissez-vous tenter par cette aventure fantastique et poétique (oui ce mot est galvaudé), et allez voir Mary et la fleur de la sorcière au cinéma. Parce qu’il vaut le coup, parce qu’il faut encourager le Studio Ponoc, et parce qu’il faut encourager les distributeurs français quand ils sortent des films d’animation. C’est un bon film, profitez-en.